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Loi Duplomb: le chaos des abeilles commence avec l'odorat.

Dernière mise à jour : 30 juil.

Quand l’odorat s’effondre, c’est toute l’orientation qui vacille


L’olfaction n’est pas un sens secondaire. C’est une boussole biologique.

C’est le premier sens à se développer in utero, et le dernier à s’éteindre en fin de vie (Doty et al., 2008 ; Herz, 2016).

Mais l’odorat n’est pas seulement un sens. C’est un langage neuronal codé, transmis directement au cerveau sans passer par le thalamus, comme un signal de survie.


Ce que capte le nez : un QR code chimique


Chaque molécule odorante déclenche une signature neuronale unique. Elle active une combinaison précise de récepteurs dans le nez → cette information est transmise au bulbe olfactif → et interprétée comme une odeur.

Comme un QR code sensoriel* encodé par la vie.

Chez l’humain, ces signaux deviennent des empreintes émotionnelles puissantes. L’odeur du café du matin rassure, celle du brûlé réactive la peur. L’odorat est donc un pont entre mémoire, émotion et perception.


🐝 Ce même codage existe chez l’abeille

Chez l’abeille, le traitement olfactif suit cette route :

  1. Détection par les antennes,

  2. Transmission aux lobes antennaires (équivalent de notre bulbe olfactif),

  3. Analyse par les cellules de Kenyon, qui déterminent :

    • Cette odeur est-elle connue ?

    • Est-elle associée à une récompense ? à un danger ?

    • Dois-je m’en rapprocher ? ou m’en éloigner ?

→ C’est un conditionnement olfactif pavlovien, vital pour la survie.

Mais lorsque ce codage est brouillé, l’abeille perd ses repères.


Acetylcholine vs Neonicotinoide
Acetylcholine vs Neonicotinoide

Ce que montrent les études scientifiques

1. Wright et al., 2015 (Scientific Reports)


→ Une seule exposition à une solution sucrée contenant de l’imidaclopride suffit à altérer la mémoire olfactive.

Protocole : les abeilles sont entraînées à associer une odeur florale à une récompense sucrée. Mais quand cette récompense contient des pesticides néonicotinoïdes (IMD, TMX),➡️ leur capacité à apprendre ou se souvenir s’effondre.

Ce n’est pas qu’elle oublie. C’est que le signal n’a plus de sens.
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2. Andrione et al., 2016 (Scientific Reports)


→ L’imidaclopride perturbe le codage olfactif en amont de la mémoire :

  • L’intensité et la précision des signaux dans les lobes antennaires diminuent,

  • Les odeurs deviennent indistinctes,

  • Les cartes glomérulaires s’effondrent : tout se ressemble,

  • Même après récupération partielle, la discrimination reste altérée.


➡️ L’abeille ne reconnaît plus la ruche. Elle perd l’odeur du chez-soi.


Le QR code de la ruche se modifie
Le QR code de la ruche se modifie

Un effet miroir : la structure des néonicotinoïdes


Ces pesticides ciblent les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, les mêmes que… la nicotine.

Ils sont conçus pour activer durablement ces récepteurs → mais cela les désensibilise.

➡️ Signal neuronal brouillé, accoutumance, puis défaillance du système.

Chez l’abeille, cela dérègle le codage olfactif. Chez l’humain, cela interroge directement nos capacités attentionnelles, mnésiques, voire sensorielles.


Et chez nous, humains ?


Les récepteurs cholinergiques sont essentiels à :

  • l’attention,

  • la mémoire,

  • la neuroplasticité,

  • la régulation du stress.


Ils sont aussi ciblés par :

  • la nicotine,

  • certains pesticides,

  • des substances polluantes.


➡️ En neurobiologie, leur altération est associée à Alzheimer, Parkinson, troubles de l’attention, neuro-inflammations (Tomizawa & Casida, 2005).


Pourquoi c’est grave ?


Parce qu’à des doses invisibles mais répétées, les pesticides :

  • brouillent le codage sensoriel,

  • empêchent la discrimination entre les signaux,

  • perturbent l’apprentissage et la navigation,

  • affectent les espèces pollinisatrices comme notre cerveau.


Et en science, l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence.

Le principe de précaution n’est plus un luxe. C’est une urgence neurobiologique.


En résumé

Moins on perçoit, moins on discrimine. Moins on sent, moins on pense.

Quand les abeilles oublient les fleurs, Quand l’humain perd son odorat, C’est notre lien au vivant qui se brouille.

Il est urgent de réapprendre à sentir et penser autrement.


Un test est en cours et sera diffusé sur Instagram @Polysensorielle


📚 Sources scientifiques complètes

  • Études publiées:

    • Wright G.A., Softley S., Earnshaw H. (2015).Low doses of neonicotinoid pesticides in food rewards impair short-term olfactory memory in foraging-age honeybees.Scientific Reports, 5:15322.https://doi.org/10.1038/srep15322

    • Andrione M., Vallortigara G., Antolini R., Haase A. (2016).Neonicotinoid-induced impairment of odour coding in the honeybee.Scientific Reports, 6:38110.https://doi.org/10.1038/srep38110

    • Tomizawa M., Casida J.E. (2005).Neonicotinoid insecticide toxicology: mechanisms of selective action.Annual Review of Pharmacology and Toxicology, 45:247–268.https://doi.org/10.1146/annurev.pharmtox.45.120403.095930

    • Yamamoto I. (1999).Development of neonicotinoid insecticides and their practical uses.Pesticide Science, 55(3):200–204.

    • Herz R.S. (2016).The role of odor-evoked memory in psychological and physiological health.Brain Sciences, 6(3), 22.https://doi.org/10.3390/brainsci6030022

    • Doty R.L. et al. (2008).Development of the human olfactory system.In: Handbook of Olfaction and Gustation. Wiley-Blackwell.

    • Pr Pierre-Marie Lledo (CNRS/Institut Pasteur), QR code olfactif, Odeurs et Représentations mentales.


      Toutes les sources citées ici sont issues de publications scientifiques indexées et accessibles.

      D’autres références prospectives, issues de la veille scientifique 2024–2025, ont été volontairement mises de côté dans cette version publique, dans un souci de rigueur, de transparence et de lisibilité.


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